A croire que je loupe toujours ce putain de train.
Il ne veut pas de moi, enfin pas encore.
J'espère..
En attendant, je resterai tous les soirs, minuit, qu'il m'emmène là-bas.
Et dans ce wagon merveilleux, je virevolte au son des cuivres cubains, pieds nus, bouillonnante des pieds à la tête, les joues rouges, la sueur perlant mon front. Et je danse, je danse, jusqu'à m'écrouler de fatigue sur les banquettes en soie de ce wagon magique.
Le lendemain matin, j'arrive à destination toute débraillée, talons en mains, la gueule enfarinée après cette folle soirée, toujours le sourire aux lèvres grâce à ce doux souvenir.
Dès ma descente du train, je vois cette énorme affiche avec le nom de mes partenaires et moi-même devant cette salle pas très réputée, mais je m'en fiche. Seule cette force viscérale me pousse à la scène. Pour le plaisir de fouler ce parquet vernis sentant le renfermé et craquant sous mes pas où j'oublie tout. Car je ne suis pas moi, cette personne que j'assume peut-être désormais. Je peux enfin faire toutes ces choses politiquement incorrectes.. ou non.
H-5. Dernière répèt'. Tout est bon. Le metteur en scène nous fout la pression. Mais là, pas vraiment le temps de me la mettre. Maintenant, c'est détente devant un match et une bonne bière. "Putain mais qu'est-ce que c'est bon bordel!" Paroles de traqueuse profonde. Match superbe, mon équipe gagne alors je chambre les mecs pour l'équipe adverse et imite leur accent du Sud-Ouest typique de ce sport.
H-2. Taxi, fenêtre ouverte, cheveux au vent, pensive. Je repense à la gamine que j'étais. J'esquisse un sourire timide, les yeux pétillants de nostalgie. Quelques larmes ruissellent sur mes joues pleines. Heureuse, je concrétise enfin mon rêve. J'arrive à la salle. Derniers préparatifs, dernière italienne et dernière allemande avant la première.
H-1. Séance habillage/coiffage/maquillage. J'ai l'impression que mon coeur va sortir de ma poitrine et que je vais me vider de mes tripes. J'adore cette sensation épouvantable. Peut-être suis-je un peu maso ? Il le faut bien. Relaxation. Dans une demi-heure, ce moment aussi redouté qu'attendu. On entend les gens entrer, ils parlent. Certains se demandent ce qu'ils foutent ici, d'autres sont un peu perdus et s'interrogent, d'autres sont sûrs de leur coup. Je vais m'évanouir.
123456789 10 11 12. Les 12 coups ont retenti. C'est à moi, le rideau s'ouvre et fais disparaître cette angoisse pour faire place à de la pure adrénaline. Acte I, Scène 1: Je m'avance sur la scène, mon partenaire se tient assis sur une chaise, je m'approche vers lui et lui tend un baiser doux et langoureux. "Bonjour mon Coeur!"
J'ouvre les yeux, je suis dans mon lit. Je m'apelle Mélissa, j'ai 15 ans. Aujourd'hui, je vais au Lycée, comme tous les jours, le coeur serré. Encore une journée de merde en attendant ce fameux train qui n'arrivera peut-être jamais..